Fêtes Maritimes 2008
Brest : ces objets qui nous survivent …
Bien
sûr, quand on a déjà vécu les quatre précédents millésimes, on a
tendance à jouer les blasés. Le cœur se lasse à trop cogner. Et
pourtant, on se fait toujours avoir, à l’émotion. Car qui aime vraiment
les bateaux, les aime tous et tout le temps, les géants comme les
nains, les raffinés comme les rustiques, les anciens comme les
modernes. Et là, à Brest, on est servi ! Impossible de trouver ailleurs
une flotte aussi diversifiée.
Au port de commerce, c’est la
goélette polaire Tara qui donne le ton, dont les deux têtes de mâts
orange crèvent le toit des immeubles, écrivant comme des guillemets sur
la page grise du ciel. A contempler cette grande coque métallique sans
arêtes, échouée bien droite sur les tins du gril de carénage, on revoit
les images de son hivernage dans le blizzard de l’Arctique. On pense
aussi à Jean-Louis Etienne, son premier armateur, et à Peter Blake qui
lui avait succédé. Voilà peut-être ce qui nous émeut tant dans les
bateaux : ce sont des objets qui nous survivent. Les regarder à Brest
toujours vivants, n’est-ce pas un peu retrouver les marins disparus
dont ils ont porté les rêves ? Car certaines unités sont marquées à vie
par ceux qui les ont fait naviguer ; la Sereine restera toujours le
voilier emblématique des Glénans, le Kurun le cotre de Jacques-Yves Le
Toumelin…
Même constat pour le Joshua, amarré à un ponton du
port du Château. Impossible de passer devant ce ketch rouge en acier
sans faire défiler dans sa tête les photos de Bernard Moitessier sur le
pont. Comme il semble petit, modeste, presque vulnérable, cet ancien
archétype du bateau de voyage que les premiers lecteurs de La Longue
Route avaient jugé aussi idéal qu’indémodable ! Restauré par le Musée
maritime de La Rochelle, il continue de naviguer, et de faire naître
des vocations de marins, tandis que le circumnavigateur qui lui a donné
vie repose depuis quatorze ans déjà dans le petit cimetière du Bono. A
deux pas de Joshua, les cinq Pen Duick qui ont écrit la légende d’Eric
Tabarly disent le talent inventif de leur initiateur et son sens de
l’esthétique navale. Ses voiliers, tous restaurés à l’identique,
poursuivent sa tâche de pédagogue et d’éveilleur de talents.
Tous
les bateaux ont une histoire. Tous ils racontent les hommes grâce à qui
ils sont nés et ceux qui ensuite les ont fait naviguer : architectes
navals, charpentiers de marine, yachtsmen, pêcheurs, marins du cabotage
et du long cours, mariniers… A Brest, on s’émeut tout autant de
l’époustouflante perfection de Moonbeam, top model du yachting
classique sculpté par un William Fife au sommet de son art, que des
évolutions d’une chaloupe sardinière dont la coque noire en forme de
coin et les deux voiles cachou composent une silhouette magique,
résultat du savoir accumulé de plusieurs générations de constructeurs.
La suite dans le numéro en kiosque ce mois-ci
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